mercredi, 13 novembre 2019
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Quel sera le bureau de demain ? Y a-t-il un espace de travail idéal ?

Les évolutions technologiques, législatives et conventionnelles, voire les modes, bousculent les espaces de travail. Coworking, tiers-lieux, flex-office, espaces dynamiques, NWoW… Comment s’y retrouver ? Et y a-t-il un espace de travail idéal ?


Pour les entreprises et les représentants du personnel, c’est plus que jamais le moment de réfléchir aux espaces et à l’organisation du travail. Après un accord national interprofessionnel de 2013, la loi Rebsamen oblige les entreprises à négocier sur la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle. À cela s’ajoute l’ordonnance « Macron » du 22 septembre 2017, qui favorise le télétravail. Celui-ci est facilité par le développement des technologies de l’information et de la communication, qui a aussi permis l’explosion des « tiers-lieux » (ni domicile, ni entreprise).

Leur nombre a en effet plus que triplé entre 2010 et 2016, selon une étude de Neo-Nomade. Et leur développement devrait se poursuivre, puisque « le ministre à la Cohésion des territoires demande que les acteurs publics soutiennent le développement des tiers-lieux », selon Karine Babule, chargée de mission à l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact). Il s’appuie en particulier sur le rapport « Mission Coworking, faire ensemble pour mieux vivre ensemble », que Patrick Levy-Waitz lui a remis le 19 septembre 2018.

Les tiers-lieux

Les tiers-lieux, ce sont d’abord les espaces de coworking (espaces de travail en commun). On en comptait 393 en France, en 2016. Un espace de coworking est en quelque sorte un open space (espace ouvert) convivial et décontracté. Contre un abonnement à l’heure, à la journée, au mois… on profite d’un ordinateur connecté à Internet, de salles de réunion, d’espaces de détente (baby-foot, etc.) et de grignotage. « Généralement, un animateur tient à jour un trombinoscope, organise des événements culturels, anime des discussions… », explique Elisabeth Pélegrin-Genel, architecte, urbaniste et psychologue du travail. L’atout essentiel de l’espace de coworking, c’est le réseau. Très intéressant pour des populations par nature isolées que sont par exemple les créateurs de start-up, les artisans, voire les étudiants et les demandeurs d’emploi qui fréquentent ces lieux.

Autres types de tiers-lieux, les télécentres et les centres d’affaires sont la version sobre des espaces de coworking. Ils permettent notamment aux salariés de réduire leur temps de transport.

Ces espaces étant souvent des lieux d’innovation, ils intéressent les entreprises. Pour elles, « la compétence collective est déterminante », explique Bertrand Dalle, fondateur de Conseil & Recherche. Mais quand elles y envoient des équipes, « les salariés se retrouvent souvent entre eux », raconte-t-il, et la sauce ne prend pas. Et quand elles créent leurs propres espaces de coworking – on appelle ça le corpoworking (corporate coworking) – ceux-ci ne dépasseraient pas le stade expérimental.

Les GAFA imposent leur mode

Outre la recherche de performance, ce qui guide une entreprise dans le choix d’un type d’espace de travail, c’est la rentabilisation du mètre carré. L’open space obéit à cette logique. L’objectif affiché était de faciliter les échanges entre collaborateurs mais on aboutit au résultat inverse : « on se voit sans se voir, on se gêne plus qu’on ne s’apprécie, on évite de se parler », raconte Elisabeth Pélegrin-Genel dans son livre.

Le flex-office va plus loin : puisque tous les salariés ne sont jamais là en même temps, on installe moins de postes de travail que de collaborateurs, et ces derniers n’ont plus de postes attitrés. Chacun doit chercher une place le matin, et ne pas la perdre ensuite, ce qui représente une charge mentale, selon Elisabeth Pélegrin-Genel.

Pour pallier la promiscuité, la plupart des entreprises ajoutent à l’open space différents types d’espaces qui répondent au besoin du moment : réunion, coup de fil, entretien en face-à-face, visio-conférence, moment de convivialité, etc. « Maintenant certaines entreprises ont un discours un peu plus pensé là-dessus, raconte Elisabeth Pélegrin-Genel, et utilisent le terme d’ »espace dynamique » » pour communiquer sur ce type d’aménagement.

« Les très grosses entreprises croient beaucoup que l’espace de travail va changer quelque chose à leur image », explique-t-elle. Certaines sociétés regardent ce que font celles qui marchent et les copient sans y mettre du sens. Les modèles suivis sont les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et autres entreprises de l’internet, qui mettent à disposition de leurs salariés de la nourriture gratuite en libre-service, des espaces détente, des tables de ping-pong, etc. « Elles cherchent à séduire en faisant du lieu de travail un lieu de vie au travail, commente Bertrand Dalle ; l’enjeu est d’attirer et de conserver les talents ». Mais « le risque est le surinvestissement et l’épuisement professionnel », met en garde Karine Babule.

« Nouvelles formes de travail », la voie de l’avenir ?

Alors, quel sera le bureau de demain ? « On espère qu’il sera co-conçu (par l’employeur et les salariés, ndlr) », répond Karine Babule. L’enjeu des entreprises, dans le contexte légal et conventionnel actuel, est d’arriver à « tenir les deux bouts de la performance et de la qualité de vie au travail », explique-t-elle. Le réseau Anact-Aract conseille donc aux entreprises et aux représentants du personnel « d’accrocher un accord « qualité de vie au travail » à un projet de transformation organisationnelle ». Sur la méthode, Karine Babule préconise « de partir des usages des salariés, car ce sont eux qui connaissent leurs besoins, et de prévoir des garde-fous pour prévenir les risques professionnels liés à la flexibilité spatio-temporelle, puis d’actualiser l’organisation au fil de l’eau ».

Cette méthodologie ressemble à s’y méprendre à celle des Nouvelles Formes de Travail (NFT), ou New Ways of Working (NWoW) en anglais. Emmanuel Mercier, consultant sociologue NFT chez BICG, détaille les quatre phases d’une réorganisation de l’activité selon la méthode NFT. D’abord l’analyse des formes de travail dans le présent, puis la définition de tous les aspects de la vie de l’entreprise et des salariés, sont réalisés en ateliers avec les salariés et la direction. Ces deux premières phases « s’appliquent à tout ce qui concerne où, quand, comment et avec qui on travaille ». Une troisième phase de gestion du changement est conduite avec le soutien d’« ambassadeurs du changement », choisis à tous les niveaux de la hiérarchie. Le processus, qui dure un an, se termine par la transformation des espaces de travail et la mise en place des outils technologiques.

Ainsi, « l’espace vient concrétiser les changements apportés en amont », qui sont en fait une véritable évolution culturelle de l’entreprise. Emmanuel Mercier précise que dans le contexte français, « les représentants du personnel devraient être impliqués dès le départ ».

Laurent Barberon

 

Le bureau fermé est encore la norme

Enquête CSA/Actineo de 2014

  • 77 % des salariés français travaillent tous les jours dans un bureau.

Enquête Sociovision/Actineo de 2017 sur les actifs français travaillant dans un bureau

  • 94 % sont des salariés, 35 % sont des cadres.
  • 28 % sont employés dans l’administration publique, 22 % dans le secteur des services.
  • 33 % travaillent dans un bureau fermé avec quelques personnes, 32 % dans un bureau fermé individuel, 19 % dans un open space de 10 personnes ou moins, 10 % dans un open space de plus de 10 personnes, et 6 % en flex-office.
  • 25 % pratiquent officiellement le télétravail, 28 % sont des travailleurs nomades réguliers, 9 % travaillaient en 2015 plus d’une fois par semaine dans un espace de coworking.
  • 57 % travailleraient dans un bureau individuel fermé s’ils en avaient le choix, 29 % dans un open space.

Source http://cftc.fr

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